Saison 2.23 : La mort des magasins

achat-ligne.jpgLes grandes librairies même de villes de bonne importance ferment, pourtant quand j’y habitais ou même quand partie sous des cieux plus agricoles, j’allais y refaire un tour pour revoir du monde, de l’ambiance, flâner, magasiner*, jamais je ne ratais un passage dans une librairie au moins, oui même la FNAC car il y a musique, photo et PC, tout ce qui m’intéresse.

Les magasins de fringues me laissent aussi froide qu’une vieille fille lassée d’essayer de séduire, les pâtisseries totalement indifférente à cette profusion d’écœurantes calories sucrées, par contre les boucheries dont les effluves me rappellent l’atelier de mon grand-père et les poissonneries l’odeur marine ravivant les moments délicieux passés à la mer, me stoppent d’office devant leur étal.
Quant aux boutiques de déco, de brocanteur et d’antiquaire, elles me provoquent un arrêt voire une visite potentielle totalement irrésistible comme toute papeterie, commerce de fournitures artistiques et évidemment librairie.

Quasi que je n’irais en ville que pour ça.

Et les verres en terrasse.

Pour le reste, en gros, à part pour l’ambiance inhérente, faire mes courses ne m’a plu que les premières fois où j’ai pu choisir le contenu de mon caddie et donc payer, on n’a rien sans rien !
Déjà j’ai aimé tôt le Makro-Metro à la grande sidération d’à peu près tout mon entourage simplement parce qu’avant les hyper-marchés, on pouvait tout y trouver sans faire des kilomètres, de marque également. Je l’avoue, à l’époque les enfants n’y étaient pas admis mais pouvaient batifoler dans une chouette garderie** : le vrai plaisir de seulement devoir se battre avec sa charrette sans avoir l’envie d’étrangler des braillards mal élevés !
Outre de lourds packs de tout, il y avait des livres et des disques (j’englobe là tous les supports passés et à venir que seuls les plus de 20 ans peuvent encore connaître), rien que ça m’encourageait à monter l’escalator avec le lourd plateau à roulettes véritable défi à la conduite chaloupée et assassin de chevilles.
Ce n’est pas vrai, comme tout le monde je le laissais en bas malgré les appels réguliers à plus de convivialité.

Oui je diverge, mais au Makro, il y a toujours un rayon livres ainsi que dans les Carrefour, surtout pendant les fêtes, le livre cadeau ultime qui fait intello et, si on a de l’intuition, paraît bien choisi. Mais voilà, internet ratisse large, à part ces incursions livresques, je passe par la « Cavalière à un sein »*** ; de clic en clic, tentée, j’empile mes achats sans les lire mais mon petit plaisir de palper le papier écrit ou non, vaquer le long des rayonnages différenciés par thèmes, ceux qui t’intéressent bien sûr mais aussi ceux auxquels tu n’aurais jamais pensé, est vraiment compromis..

Sans doute motivée par le fait que j’habite dans un trou, qu’il me faut minimum une demi-heure pour atteindre un semblant de civilisation urbaine et d’office 10 € de frais de parking, mon premier réflexe quand il me faut quelque chose est de tapoter une recherche sur le oueb, le fondement sur un siège confortable, ce qui n’améliore pas sa tenue, et tout ce qui n’est pas « électronique » est acheté et livré sans effort de déplacement, le plus souvent dans les deux jours.

C’est pas bien pour le petit commerce, je sais.

Ce n’est peut-être pas bien pour l’écologie, quoique.

Avant, il y avait le brasseur, le laitier, le boulanger, le maraîcher qui livraient même en ville.
Ça paraît plus logique qu’un seul véhicule fasse une tournée plutôt que des dizaines circulent, moins d’embouteillage !

Mais la plupart des femmes étaient au foyer donc là pour réceptionner.

Donc je suis « Libérée, délivrée »!

Ça demande quelqu’ouverture d’esprit, La Poste me demande un endroit sûr où elle peut déposer mes achats quand d’autres plates-formes demandent le code d’entrée voire la clé de la porte pour livrer en l’absence de l’insouciant acquéreur, on n’arrête pas le progrès.

Welcome home, faites comme chez vous !

Des coiffeurs se rendent à domicile (mais plus les médecins, pénurie oblige), même les suédois, renonçant à nous obliger à faire des kilomètres de circuit volontairement alambiqué pour qu’on ne rate aucune création au nom imprononçable, permettent l’achat en ligne et la livraison.
J’ai testé, trop génial !
J’ai gagné une heure et demie de route en voiture, une heure et demi de galopades, commandes au desk et attente interminable aux caisses et point d’enlèvement pour des objets que je peux rendre pendant un an en l’état et garantis 10 ans !

Pas étonnant que ça chauffe du côté des moyennes et grandes surfaces, il va falloir qu’ils le comprennent, jusqu’il y a peu, la mort du petit commerce paraissait garantie.

Mais ... enfin, on reparle du circuit court de notre enfance, un peu comme si on avait déconné pendant 40 ans, il y a les GAL, les Points Ferme, et autres groupements de producteurs locaux, il faut s’y rendre, certes, mais qui sait, ils vont peut-être s’organiser pour livrer ?

On va peut-être revoir les marchés couverts qu’on aime tant photographier en vacances ?

Où chaque commerçant te parle avec passion de son produit ?

J’y crois !

Parce qu’on le vaut bien !

Mais pour les librairies ça semble bien râpé !

* Magasiner, quelle belle trouvaille des québecois par rapport au fort peu ragoûtant « lécher les vitrines » ou le prosaïque « faire ses courses » !
** Certainement pas pour ma fille qui, avec revendication discrète, cultivait plus ou moins la résistance de sa branche paternelle à la promiscuité.
*** Subtile traduction d'une plate-forme de vente en ligne

Bienvenue à Isabelle Mergault dans le clan des sexas, elle m’énerve un peu mais bon, elle a du charactère !

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