Semaine S-21 : T'es pas comme nous !

Réflexions humoristiques d'une sexa.

Billet

clan.jpgL'être humain a l'esprit grégaire, je ne sais si on doit vraiment s'en réjouir quand on voit ce que ça donne.
Jusque là innocent, l'enfant commence l'apprentissage de la vie en société dès qu'il quitte le giron familial pour l'école et pour les moins veinards, la crèche.
Je considère avoir eu de la chance car je n'ai découvert le cruel microcosme enfantin qu'à partir des deux derniers trimestres de troisième maternelle.
Et le choc fut rude.

Si j'adorai de suite toutes les activités proposées dont la germination d'un pépin de pomme dans de l'ouate, la cour de récré m'apparut vite comme un univers impitoyable bien loin des folles farandoles et autres comptines entre copines.
De la petite princesse centre du monde je passai d'un coup à l'intruse dans une société bien installée.
Je remarquai de suite que les autres enfants n'étaient pas gentils du tout et qu'il valait mieux ne pas être différent des autres.
De la malheureuse petite atteinte d'alopécie à l'eczémateuse, en passant par le pauvre gamin aux culottes pendantes tricotées main, il y avait comme une évidence de rejet et ils en bavaient, moqués voire frappés discrètement, les attaques verbales étant encore sommaires à cet âge, mais bien que n'ayant rien de particulier physiquement, ne comprenant pas tous les codes relationnels, j'en fus victime,.
Oui, à moins de six ans, c'était déjà la jungle !

Les primaires n'allaient pas arranger ça.
Les choses se structuraient et les tempéraments de meneur se dégageaient, c'est plus drôle quand on a une ennemie et rapidement, il fallut choisir son camp entre les deux cheffes qui se démarquèrent.
Qui dit leader, dit cour, genre Louis XIV !
Véronique et Annick composèrent leur staff de lieutenants, les bravaches, les belles, les pisseuses, dont le ralliement fut fait sur base de luttes intestines et complots ourdis aux coins opposés de la cour ... de récré, parallèle amusant. Le partage des troupes, en gros, les suiveuses, les timides et les moches se faisant suivant des manœuvres obscures parfois fatalistes comme l'est l'angoissant et cruel choix alternatif d'une équipe au cours de gym.

J'étais attirée par les deux têtes charismatiques, dont une était quand même censée être ma meilleure amie car nos mères nous avaient mises main dans la main dans le rang du jour de la rentrée à la grande école ! L'autre était une délurée qui ne pouvait que plaire.
En bonne Balance, le signe zodiacal bien entendu, je n'aime pas les choix extrêmes, je trouvai donc une place de messagère, je transmettais les attaques, reproches, mesquineries et autres propositions et négociations dans un trottinement aller-retour maintenant ma condition physique alors parfaite.
Belligérance manifestement inéluctable pour quel enjeu ? Évidemment le pouvoir !
On peut dire que j'étais le cul entre deux chaises ce qui, comme chacun le sait, est inconfortable mais moralement encore plus, le stress du rejet des deux clans étant bien présent.
C'est dans cette ambiance de guerre secrète où je ne trouvais pas vraiment ma place ni arrivais à mettre au point une stratégie séductrice pour être populaire, trop directe que j'étais, que je passai six années dont je crois que les meilleurs souvenirs furent ce que j'y appris scolairement, sans flagornerie.

Mais je n'avais encore rien v(éc)u !

Les humanités s'avérèrent plus cruelles encore, les tactiques de collusion et d'exclusion se raffinant en devenant plus manipulatrices.
Dans le secondaire, on repart un peu à zéro puisqu'on quitte souvent ses camarades (difficilement acquises) de primaire. Chacune cherche ses marques, mais les caractères construits les années précédentes ne font que s'accentuer.
Avec une donne qui s'aggrave, l'adolescence, l'affirmation de soi et leur cortège de superficialités pointent leur nez .
En plus de devoir être physiquement et socialement dans une forme de norme, il faut s'habiller et consommer comme les autres c'est-à-dire les meneuses.
Malgré un uniforme où on imposait que le bleu et le blanc, régnait un dictat encore plus pernicieux car il n'était pas interdit de venir en cours avec les sacs des boutiques comme cartable, tenus au bras quasiment ostentatoirement tendu, les manteaux, les chaussures et les bas mettant aussi des limites entre les In et les Out*.
Les grandes gueules tenaient au propre comme au figuré, le haut des tables sur lesquelles elles s'asseyaient, les pieds sur les chaises, en un ostracisme** circulaire, et étalaient clamaient à haute voix des avis souvent péremptoires qui me laissaient perplexe sur le fonctionnement humain sans pouvoir mettre de mots sur le mal-être qui m'envahissait.
Le comble c'est qu'à cet âge, je crois que même ces filles si apparemment sûres d'elles, étaient tout autant anxieuses de plaire que toutes les têtes de turc résignées.

Heureusement avec la maturité et d'autres rencontres, on finit par créer son petit cercle à soi, celui qui partage ses valeurs et où on ne te dit pas "casse-toi" de manière plus vicieuse qu'avec des mots.

Du coup les études supérieures furent un poil plus reposantes, il était quand même de bon ton de participer au baptême des étudiants, initiation maxi grégaire mais franche même si glauque, qu'importe les connards puisque tu avais provisoirement réussi dans ton petit monde intime âprement composé, mais l'apprentissage à la vie en société reste rude. guindaille.jpg

Ça ne s'arrêtera jamais en fait, toujours on devra faire ses preuves, s'intégrer, être comme tout le monde mais pas trop, être original mais vraiment pas trop, ruer dans les brancards mais le moins possible mais le meilleur moyen de se faire des amis est de d'abord rire de soi et de ne mépriser personne.

* L'argent des parents peu réfléchissant restant toujours un gros problème actuellement ...
** L'ostracisme commence dès l'enfance et ne s'arrête vraiment jamais, il restera une blessure, le danger est de créer un monstre.

Bienvenue à Fanny Cottençon, discrète et mignonne, elle rejoint le clan des sexas sympas.

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