Saison 5.3 : Devenir homme

Réflexions humoristiques d'une sexa.

Billet


Qu’on se rassure, Bobonne ne compte pas échanger ses attributs si délicieusement féminins contre un viril service trois pièces.
L’habit ne faisant pas le moine, elle va se contenter de vivre la vie d’un homme.
Car, à partir de cette semaine, sa chère moitié est pensionnée !

Elle voit tellement bien le rêve se dessiner.

Réveil, non par les bruits matinaux d’un rasoir, de gargouillis avant éructation et de gros bouillons dans la cuvette des WC mais suivant son biorythme - et ça sans intervention d’un quelconque Guru partisan de mesures naturelles -, l’homme dort encore, double plaisir.

Petit déjeuner-lecture journal-mots croisés (de la pure bobonne) et montée au bureau en laissant tout sur la table puisque le souillon de service n’a que ça à faire. Elle se retiendra, par basse vengeance, de laisser ostensiblement quelques taches d’œuf à la coque et grains de sel sur les pages froissées du quotidien intentionnellement dépareillé !

Concentration professionnelle parfaite, même pas à se demander de quoi midi sera fait puisque le chef a, non seulement, élaboré le menu de la semaine, fait la liste des courses et fièrement promené son caddie dans les magasins locaux - une promenade en soi -, mais va carrément cuisiner.
Certes, contrairement à l’apprentissage bobonnesque sur le tas, il a fallu qu’il prenne quelques cours, 3 années où il a appris à manier tant le beurre que le fouet, à différencier une découpe julienne d’une macédoine ou d’un simple émincé et à barder le rôti comme ses connaissances. Il n’est pas peu fier d’étaler sa nouvelle érudition pendant que Bobonne en est restée au vocabulaire de béotien tels « rondelles ou cubes millimétrés ».

Comme une reine descendant de son trône, à 13 heures, Bobonne entrera majestueusement dans une cuisine d’où de délicieux effluves s’échapperont depuis une heure, déjà miraculeusement propre et nette, la table joliment mise, un couvercle sautillant gaiement sur une casserole et le four bip-bipant « à table » !
Si sa sciatique ne la faisait pas souffrir, elle pousserait le vice à mettre les pieds sur la table de la manière virile que son petit-fils a, paraît-il, déjà innée, au grand dam de sa mère qui pensait qu’être caricaturellement mâle tenait de l’acquis.
Le service sera impeccable et le Côte du Rhône à température, bien entendu les félicitations seront de mise et, contribution - spontanée - au ménage, la table sera débarrassée et soigneusement rangée au lave-vaisselle par la femelle rassasiée, un homme ne comprenant jamais les subtilités de l’organisation exemplaire des paniers. La perfection a ses limites.

Une micro-sieste plus tard, l’altesse s’en retournera à ses activités capitales pendant, qu’au gré des urgences, se feront le tri des vêtements par couleur et type pour rationaliser les lavages du week-end, un petit contrôle du placard épicerie pour vérifier le stock ou les paiements arrivés à échéance.
Ensuite, les petites mains devenues habiles prépareront une soupe, une salade ou un plateau de fromages pour le soir.

Pendant ce temps, Bobonne pourra se consacrer à son travail, et enfin uniquement, gagnant soudainement des efficacité et productivité pourtant difficiles à égaler durant ces années de multi-tâches obligatoires.

Un apéro et un souper plus tard, notre nouvelle transgenre pourra digérer devant le JT en consultant le programme de la soirée.
Terminant sa journée, le bourdon laborieux, passera un dernier coup de torchon avant de programmer les machines pour la nuit et s’assurer que les victuailles pour le lendemain sont au complet.

Sans doute las, demain, après l’arrosage des plantes, il lui faudra néanmoins accueillir l’aide ménagère et définir ses tâches du jour, remplir la déclaration d’impôts, organiser la prochaine réception, faire le tour des poubelles pour la levée du mardi et peut-être pourra-t-il s’asseoir pour regarder la nature pousser en ce joli mois, une trappiste à la main, son fidèle clébard au pied mendiant des morceaux de fromage ? En espérant qu’un « Philiiiiippe ! » strident ne l’arrache pas à cette quiétude bien méritée.

- Ma biiiiiche ! ?

Sortie de sa torpeur, Bobonne s’extirpe de son phantasme.

- Qu’est-ce qu’on mange ?

La charge mentale, une invention des féministes !


….

Ce billet misanthrope tombe mal car, effectivement alitée suite à une sciatique agressive de retour, notre retraité s’active à contenter sa revêche Bobonne, au travers d’une implication totale tant pour les repas et … les boissons, que pour lui mettre ses chaussettes (elle en est là) et allumeeeer le feu, le propre, pas le figuré, en l’occurrence !

La discussion continue ailleurs

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