Saison 2.2 : TOC, TUC, TEC, TAC, TIC…

dubus.pngLorsque La Bobonne Bougonne m’a proposé d’écrire un billet sur son blog, j’ai d’abord pensé “To blog or not to blog, serais-je devenue une Mamy Ronchon ?”

Mais, que nenni, comme on dit chez nous en Principauté, c’est pour moi un honneur d’être ici. Comme elle, je viens de fêter mes noces d’argent avec la vie, ce qui me situe à la croisée des chemins entre la modernité et le bon vieux temps.

Tant qu’à parler de noces, je voudrais, sans fausse pudeur, vous dire quelques mots de la relation tumultueuse que j’entretiens avec les nouvelles technologies, les Technologies de l'Information et de la Communication.

 

Les TOC, c’est troublant,
Les TUC, c’est succulent,
Les TEC, ça roule de temps en temps,
Et TAC, j’ai du répondant.

Mais les TIC, … c’est rebelle ! *

Quand je me retourne, je me dis que tout a commencé dans les années nonante sur la route des vacances familiales. Mes fils avaient reçu un Gameboy. Tout en raillant, ils m’ont proposé de faire une partie. Je vous l’assure, même les petits garçons ricanent parfois. Un désastre ! Que ce soit Super Mario ou la Princesse Zelda j’étais infra nulle ! Plus tard, je me suis exercée en cachette quand ils dormaient. Inutile.
Je ne comprends toujours pas aujourd’hui comment des mioches qui faisaient (presque) tout moins bien que moi pouvaient être aussi redoutablement habiles.

Je leur ai laissé ces jeux de gosses mais quelques années après, un ORDINATEUR a débarqué à la maison. Bien qu’il s’agisse d’un substantif masculin, j’ai vite soupçonné notre modèle d’être féminin, et anglophone de surcroît. Tout en finesse et en séduction. Ce n’était pas un simple objet.
Il n’y avait que des hommes à la maison et il (ou elle ?) s’en laissait approcher alors que, dès que c’était moi, les coups bas se multipliaient. Je devais appeler un mec à la rescousse ce qui le (la ?) calmait tout de suite. Rien que d’y repenser, je deviendrais vulgaire.
Ils ironisaient sur ma maladresse informatique mais étaient tous d’accord pour que je me perfectionne en cuisine ou en couture.

Alors, j’ai lutté. Pierre papier ciseaux est devenu copier/coller puis Ctrl C et Ctrl V, les petites valises jaunes se sont laissé appeler dossiers, les tableaux m’ont sauvée de mises en page à devenir folle, le souvenir de la découverte miraculeuse du clic droit m’émeut encore, je bénis le pinceau pour le temps qu’il m’a fait gagner, le snipping tool est une pure merveille (merci de l’avoir symbolisé par des petits ciseaux, sinon je le chercherais encore). Le génie qui a inventé Ctrl F devrait être sanctifié. Ah, le jour radieux où j’ai compris que l’on pouvait faire une note de référence autrement qu’en écrivant tout petit à la fin de la page… Les réminiscences affluent car oui, je suis une autodidacte et je pars de loin, de la préhistoire…

Les années ont passé et l’ordi est devenu masculin, je l’ai dompté.
De temps à autre, il me tend encore des pièges et je dois faire appel à l’équipe pour les déjouer.
Pas plus tard qu’hier, j’ouvre ma boîte mail du boulot et, je vous le promets, il me demande (sic) « Voulez-vous vivre une nouvelle expérience de connexion ! Essayez maintenant ». Était-ce une proposition honnête quand on sait que j’étais seule et en pyjama (vive le télétravail…) ?
En cherchant à « + en savoir plus », j’étais curieuse quand même, il s’est mis à me parler de couverture absente à certains endroits… Oh, shocking !
Pire : il m’a proposé de basculer sur un réseau offrant de la couverture à cet endroit !
Quelques clics plus loin, j’apprends que les pompiers disposent de cette technologie. Vous avez déjà vu le calendrier des pompiers ? J’ai hésité…

L’ordinateur partiellement soumis, le « G-SM » est arrivé en caracolant.
Pas de souci m’a-t-on dit : SM n’a rien à voir avec sado-masochiste, c’est juste que ce broll appartient au Global System for Mobile Communications.
J’affirme avec fierté que cet engin ne m’a pas posé de problème majeur. Je l’ai trouvé sympathique. Non que j’aie tant gagné en liberté : quand on ne l’a pas, on est tout perdu, ce qui n’arrivait pas au temps du bigophone, fidèle à sa maison. Mais j’ai pu exercer ma liberté de manière plus paisible.

Hélas, (faut-il dire hélas ?) plus récemment, le smartphone s’est mis à envahir les poches, les mains, … le monde !
Le GSM, gentil téléphone compliant (docile) a été détrôné par le téléphone intelligent (Malin, comme Satan). Je me suis accrochée tant que j’ai pu à mon mignon petit Nokia mais les smartphones le traitaient sans respect de walkie-talkie, de télécommande pour porte de garage, d’ancêtre…

A l’heure où j’écris ces lignes, je suis toujours en plein combat, comme le dompteur face au fauve. Je vous donne rendez-vous plus tard pour cette affaire à suivre.

Est-ce un jeu, un outil, une arme ?
Les apps sont-elles des chevaux de bât qui portent le savoir, des chevaux de trait qui mènent au progrès ou des chevaux de Troie qui veulent mes datas ?

Je me colle en temps réel les photos de mes amis à la plage alors que je suis au bureau.
Mon aimable banquier ne veut plus de moi au guichet.
Mon boulanger n’aime plus mes sous ni même ma carte bancaire. Il dit que je dois taper mon téléphone sur le terminal pour payer.

Je vous demande un peu !

Une personne au moins me comprend : l’excellent duBus**.
Il a si bien entendu mes maladresses qu’il est d’accord d’être mon interprète pour regretter que ce smart machin ne cuise pas des gâteaux plutôt que de chasser de mon sac mon joli portefeuille en cuir de Russie.

Et pour la route :

Le poème à l’heure des nouvelles technologies

Dans le style rap
à envoyer par Whatsapp

Tu ne veux pas être largué ?
le b.a.-ba pour rester branché

Mets un serveur dans ton domaine
ça donne la dégaine

Si dans ta baraque t’as pas l’wifi
Fieu, t’es juste un barraki

Equipe-toi de devices hight-tech
et bye bye la bibliotek’

Ton portable à droite de l’assiette
Consomme tes giga octets

Jamais plus t’auras le blues
puisque t’as le bluetooth

Tu te paumes à Han-sur-Lesse
la faute à ce connard de GPS

Tout est question de puces
qui choppent des virus

Mieux vaut s’entourer de mobiles
que de finir sénile

Merci les TIC, si vous n’existiez pas, je ne serais pas ici à me demander si, face au robot, il faut réinventer l’humain.

* TOC : Trouble Obsessionnel Compulsif, TUC : Biscuit apéritif, TEC : Transport en Commun en Wallonie, TAC : Onomatopée, TIC : Technologies de l'Information et de la Communication
** Un tout grand merci à Frédéric duBus pour avoir gracieusement autorisé la publication d’un de ses dessins inspirant Bobonne Danièle, en signant son accord d’un "Papy", preuve de plus de son excellent esprit, ici sa page Facebook et ici son siteweb.

Vous avez lu le billet blanc de Danièle Bovy, une Bobonne (presque) comme les autres, co-réthoricienne dont vous aurez apprécié l'humour subtil qui égayait, déjà alors, nos récrés en humanités.
Juriste pour un magazine consumériste, l’exercice lui a évidemment plu et je crois qu’elle reviendra m’épauler avec talent !

Bien qu'ayant fait de grands progrès, notre Bobonne Danièle n'a pas de page Facebook, pour les compliments personnalisés, suivez un des liens ci-après, je transmettrai.