Saison 2.10 : Les cartes de Bonne Année

bonne-annee.jpgC’était avant tout un privilège de pouvoir y apposer ne fut-ce que sa signature. Je suis persuadée que j’ai pu y griffonner des "craboudjas"* bien avant que je sache écrire les huit lettres de mon prénom en majuscules tellenment j’aimais faire comme les grands.
Tout ce cérémonial me fascinait, sur la table de la salle à manger bien dégagée, outre son meilleur stylo dont l’encre pompée dégageait ce parfum minéral si particulier, on sortait des cartes plus jolies les unes que les autres, avec de la neige, des personnages heureux, des dorures et toutes ces choses kitsches qu’une enfant normalement constituée adorait mais en plus, selon l’importance du destinataire, on pouvait envelopper précautionneusement le double carton parfois lui-même garni d’intercalaire en papier calque translucide pour ceux qu’on n’appelait pas encore les VIP, c’est-à-dire les "patrons américains de mon père".

verso-carte.jpgOutre la lèche un peu sucrée du bord pré-encollé des enveloppes, tous les supports avaient droit à celle du timbre qui devait être soigneusement aligné et à distance égale des arêtes, la langue humide encore tirée par la concentration.
Bref, une vraie fête pour l’enfant que j’étais.
La récompense de nos efforts sociaux était là, tous les jours la boîte aux lettres nous livrait de nouveaux trésors qu’on ouvrait avec autant de délectation qu’on avait cacheté nos envois. Les doubles cartes étaient enfourchées sur un ruban rouge tendu entre les chandeliers en bronze garnissant la cheminée, les simples dressées contre le miroir la coiffant.

A posteriori, je soupçonne que ma mère, garante des us, y voyait une corvée barbante et superflue comme apparemment tout le monde aujourd’hui.
Jusqu’il y a quelques années grâce à une fille aussi adepte que sa mère de l’échange épistolaire, la créativité exacerbée en plus, j’ai bien entendu entretenu la tradition surtout vis-à-vis de la génération septa-octogénaire qui ne pratiquait ni le mail et encore moins Facebook. Et que te tu l’entendais dire si tu avais omis les bons vœux, coutume qu’eux, double foyer sur le nez, continuaient obstinément à perpétuer !
Mais des octos, je n’en connais plus guère.

annee-1904.jpgMême les gens de mon âge n’écrivent plus, au mieux de ceux qui ont pris le train en marche de l’informatique et fréquentant FB ai-je droit aux cartes toutes faites vues et revues, merci Google images et Instagram.
La flemme, faire 6 km pour acheter des timbres, deux pour trouver une boîte postale et un goût certain pour le clic rapide, j’ai commencé à transmettre mes souhaits via courriel avec des cartes digitales faites maison. Une année, ayant envoyé une magnifique photo de Vervoz sous la neige, des amis français ont débarqué munis de l’attirail nécessaire pour résister aux froideurs nordiques, pas de chance, la photo datait de l’année d’avant et nous vivions en fait, comme cette fin 2017, un mois de décembre relativement tiède et morose que j’avais souhaité enjoliver !

A l’exception de mon irréductible amie allemande Beate, les dernières cartes qu’on reçoit sont celles du fournisseur de mazout, des banques et des fabricants de matériaux aussi je vous offre un petit retour dans le passé.
Ma grand-mère paternelle que je n’ai pas connue en a reçu pas mal et certaines ont survécu au siècle passé depuis.
En florilège nostalgique, toutes les cartes insérées sur ce billet sont plus que centenaires, en cliquant dessus vous en verrez tous les détails (particulièrement la première, quelles belles femmes !).

heureuse-annee.jpg happy-new-year.jpg trefle-bonheur.jpg bonne-annee-1905.jpg
Comme la carte-lettrine, cette romantique carte en noir et blanc est envoyée par Jules, sans doute jeune prétendant de 10 ans comme Marie ?

laids-enfants.jpgLa dernière, peut-être moins ancienne, est vierge de tout texte et envoi et on peut comprendre pourquoi vu la tête enthousiaste des gamins !
C’est avec cette dernière peu conventionnelle que je vous souhaite une année 2018 pleine de lectures, de rires et de lâcher-prise !

* craboudja : gribouillis souvent réalisés par des enfants (surtout fréquent en Wallonie), « dessine un peu correctement, tu n'arrêtes pas de faire de craboudjas ». Vous avez un bon exemple de craboudja avec la pensée du cochon ronchon de la bannière dessinée par Aurore Lefèvre pour réaliser le livre de ma saison 1 !
Veuillez pardonner la mise en page pas exactement comme je voudrais, les performances du logiciel de blog utilisé sont limitées comme l'impossibilité de faire une césure correcte des mots dans ce paragraphe !

Bien entendu, et une fois pour toutes, je souhaite un bon anniversaire anticipé à toutes les quinquagénaires qui vont évidemment devenir de sexy sexas en 2018 !

Une dernière pensée à ma grand-mère, Marie Adèle Gabrielle Leblan décédée à 45 ans bien avant d’atteindre ce grand âge qui devient le mien.

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