phclasse.jpgLa frustration a commencé dès l’enfance lors du supplice de la photo de classe.

On aimait faire des happenings dans les écoles de bonnes sœurs, à ton grand dam tu n’étais pas toujours prévenue "du jour du photographe".

Souvent la honte, comme la fois où tu avais ce T-shirt aussi immonde que tes cheveux étaient « adolescemment » gras ou cette autre ou tu as tâché de cacher maladroitement tes soquettes bleu ciel en rentrant tes jambes sous le banc du premier rang.

En plus Il fallait sourire, difficile avec les commentaires allant bon train sous cette apparente concentration. C’est qu’une photo à cette époque était quasi sacrée par rapport aux selfies débridés de ces dernières teenties.

Les bancs étaient disposés dans un coin plus ou moins décoratif de la cour et il fallait y prendre place.

La question ne se posait pas.

Toi tu avais la chance d’être toujours dans la lumière, au premier rang.

Parce que tu étais ... petite !

Au deuxième rang les moyennes et là-haut les grandes au cou ou jambes interminables ou pire, les deux.

Donc, toujours, cette photo te ramenait à ton triste sort.

Les petites, devant, seul avantage dans la vie courante.

Sinon, que des désavantages.

Déjà tu te fais chier dans tous les concerts debout, sur la pointe des pieds, le mollet tendu au maximum et même si tu t’y fais, il y a vraiment ce truc qui tue : les gentils papas, leur (>:O ^^) de gosse sur les épaules et ces salopes au grand cou! Dans les cocktails, frisant le torticolis, tu as l’immense inconfort de ramasser leurs postillons et/ou haleines fétides sur ton joli minois malheureusement situé en contre-bas.

Toi, tu n’as rien d’une autruche, ni le cou ni les jambes, et si la démarche des émeus prête à rire, tu ne peux pas te vanter de la tienne plus proche de celle de la poule qui vient de pondre que de la biche aguichante au fond des bois.

Tu les vois arborant boucles d’oreilles démesurément longues, anneaux gigantesques qui chez toi s’accrochent aux épaules en te faisant des oreilles de Mickey. A hauteur de corps et jambes égale, elles te prennent 5 cm entre clavicule et menton.

Sans une vertèbre surnuméraire  !

Des salopes vous dis-je !

Jamais engoncées, pouvant se permettre un col haut à la Cruella d’enfer et y tourner un foulard trois fois sans ridicule, généralement le coude est délié, le genou fin, la cuisse effilée. Le plus souvent, mêmes leurs phalanges sont longues et leur donnent une élégance dont tu as fini par te rendre compte qu’elle ne serait jamais la tienne.

Ce serait mentir de dire que les petites n’ont aucune grâce ni attrait, ne dit-on pas « mon petit poussin », « mon petit coeur », plutôt que « ma femme girafe (variante : cheval)» ou « mon grand coeur ». Tout comme il est bien connu qu’on parle plus souvent d’une belle grosse que d’une belle maigre, tu cumules en effet les avantages, chance !

Mieux vaut se baigner d’illusions pour survivre dans cette jungle impitoyable de la dictature de l’apparence (ici, on pleure ou on a peur).

Tu es certainement un mauvais exemple mais incontestablement les grandes attirent. Comment expliquer sinon que tant de femmes se torturent avec des talons dont la hauteur impraticable leur fait risquer d’atroces lombalgies ou entorses futures qui seront ta seule consolation ? En effet, quand elles doivent courir pour échapper sans succès à un émule du Loup de Tex Avery, tu jubiles avec tes pompes talon max 4 cm qui te permettent de galoper à la vitesse du Bip-Bip de Chuck Jones !

Fi de Fanny Ardant, Anny Duperey et Zazie ! Ces salopes au grand cou pleines de grâce, amen!

Attention ! A toute règle son exception, tu connais des petites salopes au grand cou ... Jenifer, Isabelle Huppert, par exemple. Tu te demandes même si tu ne les détestes pas encore plus. Car vraiment, la taille tu t’en fous mais cette tête attractive dodelinant gracieusement sur cet atout sexuel qu’est le cou (ben si, soyez réalistes les filles ), tu ne l’auras JAMAIS !

Et merde, tu ne t’y fais pas .

Là, Bobonne ronchonne grave !

Ta frustration ne t’a jamais menée aux tortures ethniques comme l’empilement de colliers des femmes girafe birmanes, bien que ta mère t’ait inscrite au basket pour « grandir » inquiète de ta timide courbe de croissance. T’étais douée mais aucune de tes vertèbres n’a décidé de s’allonger pour la cause !

Il n’y a que tes pieds qui te vengent. Comme ils sont mutins ! Pas besoin de les racrapoter* à la chinoise, les tiens sont reconnus beaux unanimement! On les lécherait tes petits petons !

...

Eh si, définitivement, ce qui est petit est joli !

...

Hommage à Carrie Fischer, princesse Leila, qui a la double tare d’avoir déjà eu 60 ans cette année et d’être plus petite que moi !

Comme quoi on est toujours la plus jeune et/ou la plus grande de quelqu’un !

...

*acrapoter \ʁa.kʁa.pɔ.te\ pronominal 1er groupe (conjugaison) (pronominal : se racrapoter)

1. (Belgique) Se recroqueviller. Selon ces fréquentations, selon qu’elles cèdent à certaines affinités plutôt qu’à d’autres, les idées vont s’épanouir, et s’épanouir dans telle direction, ou au contraire se racrapoter, se rabougrir. — (Marc Richir, Étienne Tassin, Merleau-Ponty, phénoménologie et expériences, 1992) À force de pratiquer les pointes, Susan Farrell avait dû se racrapoter les orteils. — (Amélie Nothomb, Biographie de la faim, Albin Michel, Paris, 2004)

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Commentaires

1. Le 20/11/2016, 16:35 par Hobby001

Je sympathise, moi qui était le grand, maigre comme un clou, sans intérêt pour la gente féminine mais le préféré du cercle d'amies de sa mère. Celui qu'on place en arrière, qui n'espère qu'être totalement invisible mais dont la présence se remarque ne serait-ce que par le bruit du vent qui siffle, insulté par la présence d'une paire d'oreilles qui dépassent de chaque côté.

L'adolescence aurait pu être plus difficile que les quelques baffes que certains trouvent si indispensables qu'ils ne peuvent s'empêcher d'en gratifier les paquets d'os qui n'ont même pas la coordination nécessaire pour se défendre. C'est là que j'ai appris qu'un squelette bourré d'adrénaline c'est tellement aérodynamique que ça court à une vitesse folle. Du moins, tant qu'on s'en tient à la ligne droite.

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