cuisine.jpgJadis purgatoire de la femme au foyer, aujourd’hui promue paradis à profusion par les médias dans un orgasme gastronomique collectif, fanatique et quasi religieux.

Donc, évidemment, fidèle à ma réputation, je critique !

En hors-d’œuvre, le local, centre névralgique de l’habitation depuis toujours.

Des antiques cuisines de château ou de riches bourgeois, en passant par l’unique pièce de vie voire dortoir familial chez les plus modestes, le local cuisine n’avait pas la cote, héritier sans doute de ces antres utilitaires où grouillait le petit personnel pour servir les grands, probablement l’endroit où battait réellement le cœur des lieux. Progressivement, dans les familles pouvant se le permettre, elle est devenue pièce à part entière où se cantonnait la maîtresse de maison, petite souris trottant du salon à sa tanière pour satisfaire "les invités", la cuisine étant généralement séparée de la salle à manger par un couloir voire un étage car reléguée en sous-sol.

Puis les choses évoluèrent et la mode vint des USA précurseurs.

Mon père, en rentrant de voyage d’affaires dans les sixties, avait été totalement bluffé par la "cuisine américaine", une cuisine plus ouverte avec îlot central. Ce ne fut pas suivi de faits à la maison où nous continuions à cuisiner tant bien que mal sur une grosse cuisinière émaillée en fonte mi charbon mi gaz dans ce local isolé du "living" (nouvelle notion elle, adoptée) par un palier, ultime sas vers la béatitude gustative. Cependant, féru de technologie qu’il était ou lassé des récriminations, nous eûmes assez tôt un lave-vaisselle, proprement un cadeau mirifique pour ma mère, ma sœur et moi ! Avant-gardistes également, un robot ménager rapeur et broyeur, un percolateur, un mixeur et un plus étonnant ouvre-boîtes électrique, vinrent agrémenter la batterie sans pour autant garantir un résultat gastronomique satisfaisant.

De nos jours, la cuisine, objet de toutes les dépenses, fait définitivement partie décorative de la maison, tout le monde s’étant rendu compte de son pouvoir attractif et de l’évolution des mœurs où souvent on vient encourager l’hôte ou hôtesse en prenant l’apéro en sa compagnie pendant qu’il/elle s’active.

Finie la corvée domestique voici le loisir chic !

...

Évolution subséquente, le programme culinaire est devenu le menu obligé de toute chaîne, radio et télévision confondues, la zapette en main, il est difficile d’y échapper.

Et qu’on t’en donne du Chef à toutes les sauces, qu’on te monte en chantilly les soucis d’une cuisson parfaite pour te culpabiliser de rater un assemblage sophistiqué de mignardises !

Et que ça doit être croustillant et goûteux à dire si possible avec l’accent du sud de la France, parce que sans doute, l’accent liégeois te donnerait plus l’envie de boulets/sauce lapin ou de tête de veau/frites de Chez Lequet ** que d’une composition artistique qui n’a de repas que le nom !

Et qu’on en fait de la télé-réalité où dans le meilleur des cas on élit un vainqueur non sans avoir coupé psychologiquement les perdants en brunoise !

Et que la moindre émission même pas dédiée à cette activité essentielle nous offre en trou normand, une petite séquence censée nous exciter les papilles pourtant déjà fortement sollicitées !

Dans le même temps, les murs des facebookiens dégoulinent d’images de plats dégustés, fabriqués maison ou pas, de blogs culinaires et de trucs divers pour cuisiner vite et bien dans un melting-pot-au-feu coupant le meilleur des appétits.

Tout est fait pour conduire estomac et cerveau à l’apologie de

La Cuisine - Art

On y mange avec les yeux et si l’entrée est généralement affriolante, le plat de consistance n’en mérite pas le nom, arborant souvent au minimum dix ingrédients esthétiquement disposés dans une assiette aux formes ou matières obligatoirement originales, en portions si congrues qu’une fois une bouchée avalée, tu en oublies la saveur en dégustant la suivante.

Car c’est ça la nouvelle cuisine, du Salvador Dali culinaire pour l’ « hétéroclisme » de la présentation, de l’égocentrisme du maître queux dans une salade intellectuelle composée au gré de sa fantaisie adulée, l’humour en moins.

Eh non, moi je n’aime pas ces mises en place avec le sempiternel trait de vinaigre balsamique et trois gouttes de mousses colorées éventuellement saupoudrées d’une épice rarissime. Ne m’attirent pas plus les plats nouveaux mariant des saveurs improbables. Si ce n’est pas encore fait, bientôt on nous vantera le mariage subtil d’un poulet aux Cuberdons* ou d’une crème glacée à l’ail !

La cuisine contemporaine, sculpture alimentaire, me fait chier enfin, de manière imagée heureusement !

...

Attention, je n’aime pas non plus le style pâtée qui te stoppe dans tes appétits les plus voraces !

La graisse suinte, tu as une dose de bidoche faramineuse qui saturerait le plus américain des amateurs de hamburger et en décoration végétale une feuille de salade que cachent quelques filaments de carottes et choux pré-râpés ; pour alourdir, frites, croquettes ou gratin dauphinois qui suffiraient en quantité au repas complet d’un végétarien. Quand tu n’as pas de chance, tout baigne dans une sauce que la décence t’interdit de décrire. La mitraillette*** et sa cousine la poutine**** me causent plus un dégoût anticipatif que la salivation. Tu sors de là les jambes écartées pour laisser place au ventre ballonné, j’avoue l’image est nauséeuse autant que ton état.

Je me rends compte que je suis rétro mais tous ces écarts entre le tout et le rien est tel que parfois je me demande si je suis normale de mettre la cuisine là où elle devrait rester, passer un moment nécessaire agréable parfois exceptionnel en ayant préparé avec goût (au propre comme au figuré) des aliments si possible au meilleur de leurs qualités et fraîcheur.

Une bonne potée aux ingrédients sobrement cuits à part et mélangés au dernier moment dans leur consistance idéale, les plats du terroirs finement interprétés, quelques fulgurances gustatives dans un plat simple pouvant être composé de produits plus onéreux (généralement intrinsèquement délicieux sans ajout), c’est ce qui me met en appétit que j’ai petit (ben si!).

Ainsi qu’à l’occasion, un peu de sophistication, de petites quantités et de la créativité mais point trop n’en faut, écœurée que je suis de cette surabondance de nourriture élitiste prétendument gastronomique.

Que les choses soient dites, je n’ai jamais trouvé d’attrait aux tâches ménagères, et la cuisine pour moi en est une que j’essaie de rendre néanmoins la plus agréable possible au palais.

Mais la plupart de mes amies aiment cuisiner !

Je veux dire, vraiment, limite elles s’éclatent dans l’apprentissage de nouvelles recettes et se réjouissent de recevoir ou même, dans les cas les plus graves, me préparer leur meilleure réussite chez moi et ...

Et là, j’ai beaucoup de chance !

* Le Cuperdon
** Le boulet liégeois 
*** La mitraillette wallonne 
**** La poutine canadienne

Une pensée à Bo Derek qui a eu 60 ans cette semaine et ne fait qu’1,60m !

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Commentaires

1. Le 03/12/2016, 15:24 par Hobby001

La cuisine de mon enfance c'est l'endroit de la maison où il faisait toujours le plus chaud. L'endroit où nos vêtements mouillés séchaient près du poêle à bois. Là où une théière attendait toujours de réchauffer le coeur et les mains gelées d'avoir tant joué dans la neige.

C'est l'endroit qui sentait toujours bon dans la maison surtout pour le jeune garçon à l'estomac sans fond.

La table de la cuisine, sans protocole, était toujours plus accueillante que celle de la salle à dîner.

C'est là que j'ai découvert le goût de cuisiner en commençant par des gâteaux, des tartes et des beignets. La cuisine était un jeu auquel participait ma mère. Une dame qui cuisinait sans précision, sans autres choses que son intuition pour connaître la température du four.

La cuisine c'est le meilleur souvenir de mon enfance, l'endroit où partager par excellence dans la maison.

Aujourd'hui, mes enfants sont au loin et communiquent avec moi via Internet pour bénéficier de mes connaissances en cuisine. Et j'arrive encore à les surprendre ,malgré l'internet, avec de vieux trucs glanés au fil des années dans l'incroyable savoir faire d'une femme d'une autre époque et presque centenaire.

Dans mon foyer c'est moi qui cuisine et c'est par goût en non par obligation.

2. Le 06/12/2016, 19:20 par BBB

Impatiente de tester ça hobby !

3. Le 06/12/2016, 20:03 par BBB

Impatiente de tester ça hobby !

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