Saison 2.24 : Plaisir et déplaisir

terrasse.JPGCe soir à la brune*, idéale, pas de raison de suer ni d’éternuer, le vrai beau temps pour la mi-nordique que Bobonne est.
La Belgique est le centre de l’Europe, peut-être, comme son nombril, si ça se trouve !
Je suis seule sur ma nouvelle terrasse à l’abri des regards avec une vue magnifique sur la campagne et des murs dans les anfractuosités desquelles des dizaines d’oiseaux ont créé leur nid et s’activent avec une constance qui laisserait pantois le moindre adolescent aux pouces sur-entraînés mais aussi tous les parents qui s’imaginent faire de leur mieux pour alimenter leur progéniture.

Ici , ça déménage et sifflote gaiement.

Sans dépose de préavis pour travail pénible : dans la nature on bosse sans calcul.

Et outre les hirondelles qui ont enfin décidé de construire leur logis sous l’auvent après moult visites et tentatives dans divers endroits, tous les oiseaux exécutent des ballets avec accélération verticale, vol plané puis plongée qui rendraient jaloux tout apprenti pilote.
Chaque espèce** a sa technique, je suis émerveillée même si je trouve qu’ils en remettent, tant de légèreté, ça vexe.
Oui, je suis persuadée que je les intéresse, ils viennent me voir et pas que les moineaux friquet qui se régalent de mes miettes le matin.
Les choucas, même repus, rôdent à grand coups de "croac", les étourneaux sifflent, tous en tourbillonnant dans une activité fébrile digne d’un samedi chez Carrefour.

Je suis bien.

Tellement, car je suis nue agréablement chauffée par les derniers rayons de notre astre, le rosé à la main, la béatitude presque parfaite.

Et dans cet Éden où je me dis que la nature, qui explose ses bourgeons colorés sans retenue, est trop belle, je regarde mes pieds.

Plutôt mignons, bon avec l’âge certains orteils commencent à dire merde à leur compagnon de vie mais l’ensemble m’a encore valu récemment de l’admiration

Plus haut, la cheville est toujours fine et rejoint harmonieusement un mollet assez ferme.

Les genoux ont manifestement trinqué et annoncent douloureusement des cuisses originellement musclées mais devenant clairement adipeuses.

La caméra remonte, si l’abdomen reste malheureusement trop tendu, le buste tend à s’affaisser sans mollesse cependant.

Plus haut c’est le double menton que je ne peux heureusement, si on peut dire, ne voir que dans un miroir.

Je m’encourage avec une scrutation des mains, les veines commencent à saillir mais l’inexistence de taches de vieillesse empêche de me démoraliser davantage. Les avant-bras sont à l’image de leurs homologues du bas, encore fins, même les biceps résistent à la sénescence en offrant à mon regard un peu désabusé quelques restes de galbe presque affriolant.

coucher-soleil.jpgA mes pieds chien et chat n’ont aucun avis sur la question, comme moi il se chauffent et pour eux je n’ai pas d’âge.

Inlassablement les oiseaux nourrissent les becs piaillant.

Le ciel rougeoie.

Mon corps vieillit mais je suis bien.

* A lire en écoutant L'éducation sentimentale de Maxime Leforestier 
** Savoir identifier les oiseaux du jardin

C’est dans mon quartier d’origine à Liège, j’y ai vécu 30 ans, que le décérébré a tué trois innocents, je suis passée là des centaines de fois, ma fille a son bureau à quelques mètres de l’attaque, ça aurait pu être elle. Heureusement, elle était venue m’aider, voilà une doublement bonne action !
Pensées aux familles de valeureux liégeois.

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