rheto-lm-75.jpgUne bobonne ça va, une smala, bonjour les dégâts !

Ce week-end, j’étais l’heureuse hôtesse des rencontres régulières de mes condisciples de rhéto* qui ont donc toutes fait, l’année dernière, ce grand saut de la fin du troisième au début du quatrième âge - comptez comme vous voulez, c’est la réalité mathématique - que nous fêtions enfin collégialement.

Ce ne fut pas sans anecdotes !

Les plus sportives et volontaires étant intéressées par ma suggestion de faire une grande balade aux confins des trois provinces** en partant de chez moi ; elles étaient attendues pour une marche de deux heures, le temps que Bobonne s’offre une sieste réparatrice de tous les efforts consentis pour que son nouveau logement soit plus ou moins prêt.
En effet, à 14 heures, avec l’aide de son esclave favori, elle terminait un tapissage qu’elle trouvait essentiel à la beauté des lieux ; trois jours auparavant la terrasse, combien nécessaire en cette quasi canicule était achevée par un menuisier zélé, sauveur des causes désespérées alors que le ferronnier, une fois de plus, posait un lapin lui causant un grand stress, Bobonne appréciant que ses rares invitations de masse se passent comme dans un rêve hollywoodien !

Mais voilà, si tout tournait selon ses exigences, Bobonne serait la reine du cosmos.

Avec un étonnant retard, connaissant la rectitude des intéressées, le premier groupe de candidates marcheuses déboule enfin dans la cour à grands coups de "hou hou ?", hilares.
Malgré un envoi d’itinéraire précis et imagé, les bobonnes se sont trompées et ont commencé par visiter le jardin des voisins, puis regardé par leurs portes-fenêtres, s’étonnant qu’il y ait quand même beaucoup de bordel un peu comme s’il y avait eu une fête la veille (ballons, etc.) alors que j’étais censée les recevoir (sic).
Pensez-vous que le doute les étreigne et que ça les arrête dans leur progression ? Que nenni !
Vu ma supposée surdité, elles rentrent dans les lieux toujours étonnées de ce living pas préparé pour les accueillir avec les honneurs dus à leur rang !
Heureusement, mes sexas sont remises sur la bonne voie par le voisin finalement alerté par ces gloussements incongrus.

Alors qu’elles s’équipent et se pourvoient d’eau, arrive la dernière potentielle randonneuse mouillée jusqu’aux mollets car cherchant l’entrée***, en regardant le ciel elle n’a pas vu la piscine et est tombée dedans !
Enfin, a joué à Jésus marchant sur les eaux, normal pour une ex-élève des filles de la croix, car le volet gris, pouvant se confondre au dallage (il faut l’écrire vite pour y croire), a fait son œuvre "protection enfant", je vous laisse imaginer la scène dont je ris encore sans l’avoir vue .

L’âge a de ces ravages...

Un peu plus tard, commence à arriver la deuxième fournée, une trop tôt, ben oui, pendant le repos mérité de Bobonne, crime de lèse-majesté, se voit attribuer un transat’ et un exemplaire de "Les Billets d’une Bobonne Bougonne", ça lui apprendra !
Plus tard, téléphone, un GPS malicieux en a égaré deux autres dans le bois proche, pilotage à l’aveugle, arrivée presque triomphale, la troupe se complète.

Enfin ! On pète les bulles et déguste les zakouskis maison apportés par les convives quand la dernière invitée de blanc vêtue, revient comme prévu de son tournoi de golf avec sa jovialité communicative alors que ça papote déjà ferme sous le soleil couchant.

En vrai émule de Hilarion Lefuneste le bien nommé, l’autre voisin par le bruit alerté, a soudainement une envie irrépressible de vigoureusement tailler son rosier grimpant, activité nécessitant absolument une montée sur son toit avec vue imprenable sur la brochette de jouvencelles jacassantes beaucoup plus jeunes que lui. Notre golfeuse tenta bien de l’éloigner à coup de bouchon de Cava jaillissant mais si la trajectoire fut bonne, la distance ne permit hélas pas d’atteindre la cible !

Ces libations méritant une immortalisation, nous confions la tâche à notre ancienne professeure de dessin, artiste avant-gardiste, qui n’est pas étrangère à la vocation de Bobonne, mais pas du tout versée dans les nouvelles technologies y compris les GSM, c’est dire. Après beaucoup de "cheese" ou de "cerise", de rires et sourires figés pour étirer nos rides plutôt rares malgré notre grand âge, on a de ces coquetteries, elle parvient enfin à tirer une photo nette de notre joyeuse assemblée de plus en plus égayée par l’intermède.

Défection, notre grande blonde qui déjà nous narguait de ses ongles parfaitement manucurés et vernis à l’époque où le règlement drastique nous l’interdisait, nous quitte, avec regret néanmoins, pour une soirée probablement plus sensuelle avec son nouvel amoureux dont c’est l’anniversaire, ne désespérons donc pas, toute femme belle et intelligente (nous le sommes toutes) peut trouver l’amour à n’importe quel âge !

La faim tenaillant l’assemblée, la tablée dressée pour quinze convives offre sa nappe provisoirement immaculée dans une organisation improvisée mais efficace pour un couscous délicieux. Malgré l’absence regrettée de quelques grandes gueules et d’autres plus discrètes, on peut dire avec certitude qu’on n’a pas entendu voler une mouche pendant même un dixième de seconde durant la soirée.

Au fil des années, nous avons parlé de nos diplômes, de nos boulots, de nos éventuels mariages, de nos bébés, de nos ados, de nos divorces toujours avec beaucoup de rires complices de bobonnes éduquées en même temps ayant de grands points communs dans la manipulation de l’humour !
Cette fois-ci on a décompté les grand-mères, groupe qui prend une ampleur certaine au grand dam de Bobonne qui en est verte de jalousie! Rendez-vous compte, les meilleures pondeuses de famille nombreuse sont déjà à six petits-poussins !

Toutes ces bobonnes sont par contre très sérieuses, une fois tous les sujets épuisés, départ de Cendillon en bloc à minuit en laissant plus de cadavres de bouteilles d’eau que d’alcool !

Ce fut une soirée de Bobonne mémorable, vivement la prochaine !

* L'enseignement secondaire en Belgique est organisé sur six années, appelées première secondaire, deuxième secondaire, etc. La sixième est souvent appelée rhétorique ou « rhéto »à titre non officiel, par tradition. Il n'y a pas de bac, réussir sa rhéto ouvre les portes à l'enseignement supérieur universitaire ou non, dont certains organisent des examens d'entrée.
** Bobonne habite une région plutôt bucolique au carrefour des provinces de Liège, Namur et Luxembourg.
*** Il s'agit d'une ancienne ferme en carré condruzienne avec plusieurs logements.

Afin de conserver l’anonymat de notre belle classe, j’ai filtré la photo d’époque issue d’un des magazines édité par l’Institut Sainte Véronique devenu collège et mixte. Pour se replonger dans l’ambiance relisez "Mes profs d’humanité".

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