Saison 3.10 : Cruelles séparations !

heritage.JPGNon, je ne parlerai pas des amours mortes.
Quoique.
Il y a un an, nous en étions au déménagement de quelques gros meubles...bien entendu le contenu dut suivre et je fis de nouveau appel à Jeunado et Grantado mais au gré des disponibilités, deux autres Djeunitos, Gamin de passage, ainsi que Fifille et Sonmec, miraculeusement disponibles, furent sollicités.
Bobonne préparant les caisses.
Et affrontant des choix cornéliens.

Jeter toutes les cassettes VHS laborieusement enregistrées maison fut assez facile sauf le côté anti-écolo, mais blocage sur les pré-enregistrées, essentiellement des Walt Disney. C’est stupide, même les DVD devraient censément passer à la trappe.
Et ce gros ampli cinéma surround hérité de neveux voyageurs qui a pris la poussière pendant 15 ans sans pouvoir être réanimé : au container avec les vieux lecteurs DVD et VHS "à dépanner".
Douce utopie de réparer les machines de nos jours puisque des nouvelles sont souvent moins chères et plus performantes.
Jusque là c’est dur mais immédiatement suivi d’un soulagement qui aurait pu être depuis longtemps ressenti !
Les CDI suivent le même chemin sans trop de douleur, même les pédagogiques, tu penses, avant que j’aie des petits enfants nécessitant des jeux éducatifs ce sera par transmission de pensée ou puce inoculée que les problèmes d’apprentissage seront réglés !

Mais les vinyles et les CD : JAMAIS !
Et je m’en fous qu’on trouve tout en streaming sur le net !
Bobonne a l’âge où on aime encore caresser l’objet et caresser tout court d’ailleurs.

Le bureau, l’antre de Bobonne où tel un écureuil consciencieux elle a emmagasiné tout son passé matériel et pas seulement professionnel est une autre paire de manches.
Après triage consciencieux de leur contenu papier, les classeurs publicitaires d’architecture apprennent le vol plané bruyant de l’étage à la remorque en contrebas, plus nécessaires ; les fabricants ont mis des années avant de fournir leur documentation numérisée ou publier site web mais continuent à claquer des fortunes pour des catalogues qui terminent à la poubelle dès (ma) réception.
Mais dans le rayonnage en-dessous, me narguent de leur PVC noir, dûment nommés en lettrage maison design, les classeurs renfermant mes cours ...
Je sais que je ne les ouvre plus depuis des années encore moins depuis que la toile répond à toutes mes questions en quelques clics.
Mais dedans, cinq années d’annotations consciencieuses avec petits dessins en marge ainsi que de photocopies de notes encore plus méticuleuses ; nous devons tout.e.s plus ou moins à la plupart des filles (rarement aux garçons), sauf moi, et à notre consœur Huguette bien nommée Dumalin en particulier, notre réussite !
Que ferais-je encore de ces exercices de stabilité dont je n’ai guère gardé que l’intuition et la prudence de m’adresser à des ingénieurs le cas échéant ?
De ces cours de droit et de déontologie qui ont évolué ?
Tout ce qui est techniques spéciales et isolation est obsolète ; le cours de construction, je l’ai toujours en tête et j’ai ma bible datant de 1895 !
Et c’est parti pour un nouvel apprentissage de chute libre pour les uns et un empilage dans la caisse à papiers pour les autres.

C’est quand même dur.

Dans un ultime effort obligatoire de vider les lieux totalement (ce mot fait peur et rime trop avec néant), l’équipe a tout fourgué dans « l’atelier » rebaptisé par un petit perspicace « la brocante » puisqu’y sont déjà emmagasinés pêle-mêle, mobilier et objets hérités des tante, pères et mères dont Fifille, encore plus conservatrice que Bobonne, n’envisage pas la séparation.

Mais il va falloir y passer.

Donner des meubles à des gens qui en ont besoin, en vendre, facile. Les garnitures de cheminée en bronze ou régule, les canapés volumineux de style ou sans qualité design, les objets et divers bibelots, les livres qui n’intéressent personne, les piles de dictionnaires, d’annuaires et de guides de voyage désuets, les peintures anciennes démodées ou les cadres de gravures diverses, les cartes d’identité et passeports qui trahissent le vieillissement progressif, qu’en faire ?
Trier les coffrets remplis de photos centenaires, reconnaître les ancêtres ou pas.

Ça se complique.

Faire des tas pour donner aux cousin.e.s dont certain.e.s n’ont jamais vu ces trésors familiaux, se plonger dans les réminiscences enfantines de fin de siècle !
Revoir tous ces morts, décédés trop jeunes pour certains, encore ouverts à la vie.
Comment arriver à se débarrasser des albums photos de leurs vacances, des petits souvenirs de touriste ? Des lieux, des sourires, une joie d’être en vacances mais on ne peut tout garder, déjà les nôtres prennent de la place.

Jeter une vie dans un gros conteneur noir, c’est un deuxième enterrement.

Là où ça se corse vraiment c’est quand tu ouvres une boîte à cigares remplies de missives ou qu’une lettre manifestement maintes fois relue s’échappe d’un livre. Déjà, ça n’accélère pas le travail mais en plus tu rentres dans l’intimité profonde du décédé.
Des cartes postales que s’échangèrent des enfants, c’est mignon, celles de vacanciers, ça fait rêver, celles d’amoureux, la correspondance d’un fils à la guerre à ses parents décrivant son quotidien, c’est émouvant mais quand tu déplies ces papiers soigneusement rangés couverts d’une belle écriture à la mise en forme obsolète, tu exhumes parfois des secrets.

La correspondance soutenue d’un adolescent avec son maître à penser jésuite…
La correspondance enflammée de deux amants, brouillon d’un.e émetteur.e, réponse de l’autre.
Des photos de virées secrètes manigancées avec soin.
Des lettres de reproches.
Et le pire, un dossier divorce avec toutes ses avanies étalées sans vergogne.

Il faut quand même s’accrocher.
...

Depuis un peu plus d’un an, Bobonne est devenue fan de l’émission « Affaire conclue »*, outre son goût pour la brocante et les antiquités, elle scrute chaque objet pouvant ressembler de près si possible à ce qui reste planqué dans les greniers attendant une vie meilleure que prendre la poussière.
Elle a pris les devants et raconté (presque toute) la sienne sur la toile qui, paraît-il, ne perd rien, elle.

Bobonne, qui n’a désormais plus de génération au-dessus d’elle, n’oublie pas non plus.

* Bobonne, aidée de sa plus jeune cousine,  transportant pour la faire estimer au prime de Cheverny, une peinture qui lui a toujours fait peur petite, on les voit dans les dernières secondes ...

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