Saison 2.7 : Sus au harcèlement textuel !

kroll-2.jpgA l’heure où les accusations de harcèlement sexuel pleuvent comme vache qui pisse et où il est devenu tendance de « balancer son porc » (expression très classe dont on s’étonne qu’elle n’ait pas encore fait réagir Brigitte Bardot…) à tel point que le noyau dur (n’y voyez aucune image particulière Mesdames) d’hommes galants qu’il nous reste, hésite désormais à nous céder le passage – car cet acte autrefois tant appelé de nos vœux risquerait aujourd’hui d’être interprété comme le préalable nécessaire à la paluche aux fesses -, d’autres agissements à répétition commencent à agacer au plus haut point la bobonne bougonne que je suis fraîchement devenue.

Oui, moi, amoureuse inconditionnelle de notre belle langue de Molière, je n’en peux plus de ce véritable harcèlement textuel qu’on nous fait subir, hommes et femmes confondus.
Tout a commencé lorsque certains, en mal de pédanterie, ont un matin été subitement victimes d’une illumination suprême : il s’imposait d’urgence de valoriser certains métiers en redorant leur dénomination…

Ou les prémisses du politiquement correct qui impliquent que nous ne puissions plus appeler un chat un chat…
Ainsi, surtout ne dites plus une femme de ménage mais une « technicienne de surface »…. ;
Je vous avoue que j’imagine mal la pauvre dame déplier une grande feuille sur la table de la cuisine pour y dessiner le plan de la pièce et calculer, en fonction de la superficie de celle-ci, la quantité d’eau exacte et de Mr Propre qu’il lui faudra mettre dans chaque seau ainsi que le nombre de pas qu’elle devra faire au total tenant compte du fait que la pièce est hexagonale, qu’il y a un petit escalier et que la force du vent passant par le bas de la porte est de 3 sur l’échelle de Beaufort… ;

Ne dites plus non plus caissière mais « hôtesse de caisse » ; c’est comme une hôtesse de l’air mais elle, elle vous fait pas chier pendant 15 minutes en vous montrant les derniers gestes que vous ferez avant de vous fracasser la tronche dans l’Atlantique ;

L’institutrice devient « professeure des écoles »… ; des fois que vous auriez imaginé qu’on pouvait être professeur d’autre chose…
A propos d’écoles, les Français ne sont pas mieux lotis que nous; dans les programmes des cours d’éducation physique, il est ainsi demandé aux profs d’amener les élèves à s’exprimer de façon plus « imagée » : la « piscine » devient « le milieu aquatique profond standardisé » tandis que « nager » doit désormais se dire « traverser l’eau en équilibre horizontal » … Plus imagé que ça, tu meurs ! Le malheureux « plongeon » est l’un des rescapés qui n’a pas encore été touché par le virus, ce qui laisse les paris ouverts sur la sauce à laquelle il va prochainement être mangé…

Pendant ce temps-là, la prostituée se métamorphose en « péripatéticienne »… Quand tu sais que peripatetikos signifie en ancien grec « qui aime se promener en discutant », tu imagines aisément le caractère ardu du labeur de la courageuse ouvrière qui, la bouche pleine et en position salto arrière, doit commencer à discuter des cours de la bourse (oui je sais, elle est facile…) et du déplacement du plan d’oscillation du pendule de Foucault… Grandiose !
L’homme à tout faire se meut en « factotum » (non ce n’est pas le village du dernier Astérix de Goscinny) pendant que votre facteur devient « préposé » ; ah oui…., avec ces deux termes-là, on voit tout de suite beaucoup mieux de quoi il retourne….

Après les métiers, les handicaps ne sont pas, eux non plus, épargnés par le phénomène.
Ainsi, ne dites plus à Gilbert Montagné qu’il est aveugle, il pourrait le prendre mal…Dites-lui plutôt qu’il est « malvoyant »… ça lui laisse de l’espoir… ;
Votre arrière-grand-mère n’est plus sourde mais « malentendante », ce qui lui permet de vous culpabiliser en vous rappelant systématiquement que si elle ne comprend rien, c’est nécessairement parce que vous ne savez pas articuler et que vous parlez dans vos dents (qu’elle n’a plus)… ;

Le monde judiciaire n’a pas non plus échappé à la déferlante : le droit de garde d’un parent à l’égard de son enfant est devenu le « droit d’hébergement principal » tandis que le droit de visite de l’autre parent est devenu le « droit d’hébergement accessoire » (celui-là sent tout de suite la valeur qu’on lui accorde….) ; quant à la garde alternée (une semaine sur deux), elle est devenue le droit d’hébergement égalitaire….

Imaginer qu’on en resterait là serait bien mal connaître la stratosphère de la bien-pensance car quand il n’y en a plus, y en a encore…..Mais il faut tout de même reconnaître qu’il y a désormais un changement de taille : on passe de la pompeuserie la plus aiguë à la banalité la plus plate….
En 2013, le gouvernement de la Communauté française adopte un décret-cadre déterminant les vacances et jours de congé dans l’enseignement. Il y insère les nouvelles appellations des différents congés scolaires….
Ce que l’on peut constater d’emblée, c’est que ce n’est pas au sein de ce gouvernement que l’on trouvera demain une épidémie de méningites…..
Jugez plutôt :
Congé de Toussaint > congé d’automne ;
Vacances de Noël > vacances d’hiver ;
Vacances de Pâques > vacances de printemps ;
Grandes vacances > vacances d’été ;
Bref, c’est du Vivaldi lexical : les quatre saisons !
Quant au congé de Carnaval, il devient « congé de détente »…Ce qui sous-entend au final que c’est la seule période de congé où tu peux garder la tronche en équerre et les doigts de pied en éventail et que pendant tout le reste de l’année, tu morfles !
Bientôt, vous allez voir, ils vont s’attaquer aux titres de films… « Les Grandes Vacances » de Jean Girault avec Louis de Funès, hop, ça va devenir « Vacances d’été » ; « Le Grand Carnaval » d’Alexandre Arcady avec Philippe Noiret, hop, ça va s’intituler désormais « La Grosse détente »… Avouez que c’est tout de suite vachement plus plat ; on pense plus à un film porno qu’à une comédie dramatique…

Ah non, non ,non, je vous assure, on ne peut plus dire ce qu’on veut. Il faut lisser son langage pour le rendre universel sinon shocking !
Tenez, les Marchés de Noël… Fini terminé ! Vous vous rendez maintenant aux « Plaisirs d’Hiver »…
« Plaisirs d’Hiver »…. Comme si vous ressentiez de la jouissance à vous geler les petons en attendant que le Yeti qui est devant vous dans la file termine sa commande de 25 vins chauds dont il renversera de toutes façons la moitié sur votre doudoune blanche, bousculé par la meute avide d’engloutir le breuvage….
A propos de breuvage, si vous cherchez la LEFFE, « bière de Noël », dans votre grande surface préférée, vous ferez dès à présent chou blanc puisque, depuis peu, celle-ci est étiquetée « bière d’hiver »…J’ignore s’il faudra la passer au micro-onde avant de la boire mais ce qui est certain, c’est que moi, je la fais désormais passer … à la trappe ! Ben oui quoi, faut pas rigoler : si tu boycottes mes traditions, moi je boycotte ton produit.
Je vous donne en mille que l’année prochaine, on procèdera à l’inhumation de la bûche de Noël qui sera remplacée par un simple et bête gâteau d’hiver…
C’est vraiment n’importe quoi ce lifting lexical ! Ca ne veut plus rien dire ! Toutes ces expressions botoxées, c’est comme un visage botoxé, ça n’exprime plus rien !
Et nos traditions, nos symboles et notre culture qui sont sans cesse malmenés ? Mais c’est quoi ce délire ? Chaque semaine, y a un nouveau crime ou un nouveau rapt ! C’est insensé !
Après la suppression des sapins de Noël dans certains espaces publics – de même que les crèches d’ailleurs – voilà qu’une mutuelle décide, alors que personne n’a rien demandé, de kidnapper la croix sur la mitre de notre Saint-Nicolas. Non mais je vous demande un peu… Un Saint sans sa croix, c’est comme une choucroute sans saucisse ; c’est comme un couscous sans semoule ; c’est comme Laetitia sans Johnny, ah que c’est plus rien… (à propos, je voudrais qu’on m’explique : on fait une saisie exécution de la croix sur la mitre de Saint-Nicolas - pour ne pas choquer le bon peuple – alors que, dans le même temps, il y a 1.000.000 de personnes qui se rassemblent en pleurnichant sur les Champs Elysées à Paris pour vénérer un mec qui, non seulement n’a pas écrit une seule de ses chansons mais, en outre, s’est baladé toute sa vie, devant son sacro-saint public, avec une énoooorme croix sur son torse bombé, velu et plein de sueur (beurk)...Et là, ça choque pas dis donc… Parce que c’est D’Johnny…Cherchez l’horreur… euh l’erreur).
Encore heureux que ces huissiers à deux balles n’aient pas vu que Saint-Nicolas porte en plus des croix sur son écharpe et sur sa cape sinon l’année prochaine, les gosses devront aller s’asseoir sur les jambes d’un Nicolas tout nu… Ce serait vachement mal saint non ?

Ras-le-bol de ces attentats littéraires à répétition qui ne nous causent que des maux !

C’est pourquoi je dis : Haut les cœurs ! Ayons du courage et soyons braves ! Lançons-nous avec ardeur et acharnement dans cette lutte quotidienne contre ce nouveau terrorisme des mots et prenons plus que jamais la défense de notre culture et de nos chères traditions ! Non seulement pour nous mais pour tous ceux qui nous suivront.

Un tout grand merci à Pierre Kroll, excellentissime dessinateur caricaturiste politique belge (mais il est  bon à l'oral aussi), ex-confrère de formation, pour avoir gracieusement autorisé la publication d’un de ses dessins illustrant quelques opinions de Bobonnette Isabelle, ici sa page FB et son site web pour en savoir plus !

Vous avez lu le billet blanc d’Isabelle Leclercq, une Bobonnette (presque) comme les autres, internet, notre amour de l’orthographe et de la langue française nous ont fait nous rencontrer. Grâce à elle, j’ai vécu le Doudou avec des montoises et été initiée au géocaching dans de grands éclats de rire bien sonores dont elles et moi avons le secret !
Avocate spécialisée en droit des personnes, très certainement humaine, chanteuse et comédienne en langue wallonne amateure, je suis certaine que ses saillies bien senties doivent faire leur petit effet au palais !

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